Portraits sur Portraits

Anne Contri - Dominique Borromei

Au pinceau, Dominique Borromei (à gauche). Jamais artiste maudite n'aura mis tant de prévenance dans sa malédiction. Et tant pis si cette amabilité de tous les jours cache une santé crucifiée, la toile recueille avec affection l'énergie de son désespoir, à se demander si ces hommes perdus dans le flou du pinceau ne constitueraient pas un vaste autoportrait sans cesse renouvelé.

A la plume, Anne Contri (à droite). L'éparpillée se revendique elle-même en touche-à-tout à l'ego déployé, qui se glisse au coeur des êtres. Se pencher comme ici sur les dysfonctionnements de l'âme, n'est-ce pas encore une manière de s'extasier des beautés de l'existence...

L'une expose au Brésil, en Espagne, en France. L'autre prépare une rétrospective de son oeuvre à Beaubourg en 2010. En attendant le revirement de la peintresse vers une nouvelle lumière, et la béatification de l'écrivaine saisie dans l'extase, les deux femmes ont marié le pinceau et la plume pour offrir à ces héros tristes leur compassion en traits lancés. Atterrées par la cruauté de la vie qu'elles ne font que relayer, tentant de l'apaiser d'un peu de douceur, elles nous proposent la plus mélancolique des galeries en cet ouvrage tissé de soupirs... avant que la vie finalement taquine ne reprenne ses droits, et que recoule le Bordeaux...

Elles en ont fait un livre

Vingt portraits à la manière de La Bruyère se trouvent dans cet ouvrage. Nous vous en proposons quatre extraits ci-dessous.
Elles en ont fait une exposition, à la Galerie A La Cour, à République (Paris). "Vous connaissez Henri Callet?" a demandé un visiteur. Manière d'en apprendre sur cet auteur bouleversant, qui a écrit "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes". Politesse du désespoir, manière pour Anne Contri de recevoir un immense compliment. Et de qualifier ces portraits au bord des larmes. Ne les secouez pas, ils ont leur vécu, leurs peurs, leurs secrets, cajolent leurs échecs en tentant de mener au mieux cette drôle de vie en héritage.

PORTRAITS SUR PORTRAITS - Plume et Pinceau - Anne Contri/Dominique Borromei
Vingt portraits couleurs et texte - format 14 x 20 cm - 15 euros - A commander à annecontri@tele2.fr
Dominique Borromei expose régulièrement à la Maat Gallery, 26 ter rue Traversière 75012 Paris

LE SILENCIEUX

Dés qu'elles le virent, les femmes décidèrent qu'elles souffriraient passionnément pour lui. Les infirmières et la sage-femme, sa propre mère, au jour même de sa naissance, toutes sentirent dans une profonde inspiration, qu'il allait changer leur vie. Puis les institutrices, maîtresses en puissance, s'arrachant la peau du visage à son passage. Il était déjà passé maître dans le port du pardessus au col mystèrieux. Raser les murs, semer son regard aux confins de l'horizon, avancer dĠune démarche souple, personne n'allait penser que cette silhouette intemporelle appartenait encore à l'enfance.

A lĠadolescence, la passion qu'il égrénait à chaque pas se ventila, il croisa des orgasmes, transforma la population féminine en troupeau de louves sautillantes, et gelé, fit couler le sang tendre des poignets fendus. Elles le guettaient, se jetaient sur lui, s'ouvraient les veines, riaient follement, repartaient pour de longs soins psychiatriques en clamant son nom. Il n'avait, tout au plus, qu'un regard. Le col de son pardessus lui protégeait la bouche, puisqu'il n'avait rien à dire. Lui seul semblait savoir qu'il n'existait pas. Il n'était que leur fantôme, lĠobjet rêvé de leur amour, la fluide silhouette de leur passion, rien de plus qu'un silence.

L'IMPRESSIONNÉ

Tout n'était fait que de surprises. Et ça n'arrêtait pas. Petit, il se cachait derrière les rideaux du salon, et n'en croyait pas ses yeux. Les grands sĠembrassaient, ils se roucoulaient des choses à l'oreille et riaient. Les grands, mais pas toujours papa avec maman. Et puis son frère, il avait vu son frère faire des choses avec le petit voisin. Pourtant, cĠétait deux garçons. Il avait aussi vu des gens tout nus ensemble, cĠétait ˆ la télé, on lui disait de ne pas regarder. Et puis des monsieurs dans la rue, qui mettaient des mains aux fesses de dames quĠils ne connaissaient pas. Après, il avait vu des jeunes filles très belle ne pas vouloir de lui, mais du chef de classe qui était très fort.

Il avait aussi vu des filles pas belles du tout qui ne voulaient pas de lui quand même. Il avait vu des patronnes lui sombrer dessus avec un rouge à lèvres très rouge et un sourire en coin, et puis une dame grosse avec une choucroute sur la tête et des talons hauts, qui avait pris son argent et l'avait fait monter dans une chambre pas très fraîche. Elle lui avait fait des choses, ça avait été une vraie surprise. Mais il était parti vite, pour se réfugier derrière les rideaux du salon. A présent que ses parents étaient décédés, ça ne roucoulait plus dans le salon, il était tranquille. Le tissu de velours à l'odeur reconnue le protégeait de tout. De ça. Des choses impressionnantes. De tout.

LE LUNAIRE

C'était un conte japonais. La jeune fille, pâle et amoureuse, se laissait glisser dans la rivière et seuls ses longs cheveux noirs flottaient dans la lumière de la lune. Il avait aimé la jeune fille du conte, sans se rendre compte que l'histoire parlait de lui, à lĠavance désespéré par un chagrin d'amour. Il était devenu ce chagrin d'amour, porteur dĠune pâleur douce et nocturne. Nul besoin de rencontrer quiconque, le mal était fait, à lĠavance, sans drame. Son esthétisme le portait, enfant de la nuit, dans la lisseur noire et perle de son oeil aux aguets.

Les animaux de nuit seuls le percevaient, errant en silence, petit fantôme de chair furtive, nĠespérant plus du monde, sinon cet immense soupir qui le remplissait, douloureux par avance, n'ayant rien connu dĠautre. On ne pouvait pas grand chose pour lui, arrondi, et si ceux du jour ne le voyaient pas, ceux du crépuscule à l'aube ne pouvaient que caresser sa joue de talc, kaolin doux de sa plénitude, et le laisser passer. Comme la jeune fille amoureuse il flottait, noyé dans le grand chapeau de la lune.

L'ASPIRANT

Oui, il avait une tête de notaire. Oui, il nĠétait guère avenant. C'est vrai, il avait du mal à rire. Et depuis quand, monsieur, notaire - car il était notaire - était un métier rieur... Oui, à vingt ans il avait l'air dĠen avoir le double, lisse pourtant. Parce que si les gens le regardaient bien, il était un bébé. Un petit biquet. Lisse, oui, et rosé, ses petits cheveux blonds, du duvet madame, et pas une ride, pas de risque. Un enfant pur, en ordre, visitant sans question l'âge adulte, un enfant adulte, si on le regardait bien. Et d'ailleurs, personne ne le regardait. Oh, il n'allait pas s'amuser à se plaindre. Il n'allait pas s'amuser.

Jusqu'à lĠarrivée de cette fille. Une étrangère. Une semeuse de désordre. De ces choses qui ne se
font pas. Mais elle l'avait regardé. Impossible d'y mettre des mots, alors il y mit sa première ride, sur
le front. Une étrangère avec cet affreux discours lancinant, elle avait beaucoup souffert, quelle idée d'avoir parcouru tout ce chemin pour en faire part. Mais elle l'avait regardé. Il ne pouvait pas se transformer en soupirant, c'était désordonné, il ne put même pas décoller ses lèvres serrées, mais par le nez, il se passait quelque chose de fou. Il respirait. Il aspirait l'air, et la vie, et des choses qui ne se font pas. Ce n'était pas encore bon, mais ça aspirait à l'être. Ses poumons s'emplirent à un rythme incontrôlé. L'étrangère venait de lui sourire.

Retour à la page d'accueil
(pourquoi, vous n'aimez pas la peinture ?)

Retour à la page Livres
(et les photos ci-dessous non plus, vous ne voulez pas les voir ?)

UNE EXPO À LA COUR
Juin 2004 -Paris


Artiste pluribitique, Paulo Finocchi est venu avec ses paolettes, la Dive Maryse et l'ardente Reine Christine. Derrière, Virginie tend le cou, et Pierre-Alexandre prend son temps.


Christophe Lepety est peintre, lui aussi, même qu'il oeuvre dans l'atelier de Matisse en région parisienne, ce qui est klâss avouons-le. Pour un peintre.

Mais bien sûr qu'il n'y a pas tout le monde sur les photos. Il en manque tellement que je suis bonne pour me confondre en excuses, mais si vous saviez comme c'est long de scanner pièce par pièce, un vrai cauchemar. Bon, la prochaine fois, promis, vous serez à l'écran. Oui, vous. Quand les scanners auront fait des progrès.
Et puis je ne veux pas vous vexer, mais la plupart des visiteurs de ce site, ils s'en foutent pas mal de voir des têtes inconnues qui sourient et boivent un verre. Franchement, c'que vous êtes prétentieux vous alors...

Si vous voulez vraiment avoir
des chances de vous apercevoir, tentez donc de visiter
les happenings de la Comtesse
et farfouillez...


Ils traversent les continents, volent d'île en île et pourtant se débrouillent pour être présents au vernissage, Pascalito alias Rahan Fils de Crao, et Valérie, mère de leur fille la blonde Marisa, l'un n'empêchant pas l'autre.