Anne Contri écrit

De la poésie

Les 11 x 11 poèmes de la Comtesse

Par ordre d 'entrée en scène, vous trouverez ci-dessous et lirez avec extase un des onze poèmes de chaque recueil, parce que mettre les cent ici, ça faisait trop :

. Les poèmes classés X - Le rouge
. Les poèmes classés X n°II - Le bleu ciel
. Les 11 perversions - Le parme
. Les Vices de Forme - Le vert de gris
. Hombres - Le orange

. Le beige - Tous les amours
. Le gris - Poème bateau rime tarte
. Le crème - Onze étapes
. Le bleu océan - Onze territoires
. Le rose - Onze compassions

Onze poèmes CLASSÉS X : sans doute le plus coquin et le plus déjanté des 11 recueils. Onze poèmes en forme d'éloge à des choses aussi éclectiques que : l'art martial, l'Europe, la java, la varape, ou celui-ci, dit "ELOGE DU PARTI COMMUNISTE ITALIEN"

A force de se servir de son grand haricot
Comme d'un arrosoir, le Camarade Aldo
S'était changé le bout en pleurote

Pouvoir de séduction réduit à zéro
C'eut été un mensonge, de Naples à Murano
De dire qu'il avait encore la cote

Ses amis d'extrème-gauche alors se décidèrent
A dérider Aldo et pour cela lui jouèrent
Une pièce d'un jeune auteur en herbe

Car Lénine, âgé de 13 ans, avait écrit
"La Boussole du Prolétariat", une tragi-comédie
Mais Aldo demeurait acerbe

Onze poèmes CLASSÉS X tome II : et voilà, on ne rit plus. On ne pleure pas encore, mais on s'émeut. Onze poèmes chauds mais tendres, comme cette ODE À LA FRUSTRATION, 1993, dédiée à Monsieur Never, l'homme avec un N en trop...

Sais-tu sais-tu Discret que tu me liquéfies
Sais-tu qu'à ton approche mes papilles se dressent
Et comme un cheval maigre je détale et je prie
Pour que tes paupières pâles s'ouvrent sur une messe
La messe en rites, des doigts des bras, des épaules crues
Et la jonction pas encore née l'extrème jonction
Qui m'embuera un jour j'y rêve, toi le crois-tu
Dans nos danses étriquées nos jeux d'hésitation
Carnation incarnation rouge, peau cuite de désir
Rêve, et quoi d'autre à boire, tu t'éclipses et j'attends
Un autre beau massacre de mes nerfs qui transpirent
Une autre belle nuit où nous aurons le temps

Le temps mais d'y penser, pas de nous mettre à table
Car j'aime te vouloir, et m'enfouir en apnée
J'aime plus ce désir, ce boa enroulable
Qui m'étouffe et me chauffe de son sang froid muet
Que de te retrouver, un beau jour, vraiment beau ?
Discret, que donnes-tu quand tu te donnes enfin
Changes-tu l'eau en vin ou bien le vin en eau
Pourrai-je ensuite combattre la tristesse du matin
C'est ainsi que je garde au chaud mes piques dures
Mes fêtes en pacotille, mes favellas enjouées
C'est ainsi que je rêve en redoutant que durent
Ma vieille adolescence et mes enjeux secrets

ONZE PERVERSIONS : ça devient sérieux. Un peu de perversion à odeur de sainteté par-ci, un peu de sadisme dégoûté par là, de l'onanisme en récréation, de l'amour en perversion ultime, en passant par la PERVERSION N°3, clin d'oeil des exhibitionnistes à tous les voyeurs.

Appâter l'inconnu, le savoir sans le voir
Lui donner à goûter à la sourde alchimie
De mes reins submergés par des coups de butoir
Regarde, l'inconnu, tu gagnes à la loterie

Car il regardera, le passant, le furtif
L'alcoolo solitaire ou l'étudiant perdu
Il me regardera me perdre dans le vif
D'un sujet bien dressé entre mes cuisses crues

Regarde, l'inconnu, cette peau a l'air douce
Elle s'offre, mais à qui, est-ce à lui ou à toi
Je te sais sans te voir, mes vagues t'éclaboussent
Avec lui je suis seule, tous deux nous sommes trois

Alors vois, mon voyeur, nous nous donnons ensemble
Et nous sommes trois souffles bloqués en suspension
De derrière ta fenêtre tu t'effrayes et tu trembles
Que s'achève trop tôt cette étrange réunion

Et ta peur est douceâtre d'être le voyeur vu
Et ta conscience t'énerve, cette vieille guenon
Qui lance ses appels alors que sur mon cul
Tu t'acharnes à distance à me faire la leçon

Et tu me martyrises, tu m'insultes et me prends
Tes cris rêvent des miens, j'ai le nom que tu veux
Puis enfin tu jaillis et merci notre amant
Inconnu ta branlette est l'honneur de nos jeux

VICES DE FORME : on ne rit plus du tout, on grince. Onze hommages à ces choses qui ne tournent pas rond, qui crissent. Pas d'histoire, des passades, des obsessions, des zones de malaise, des euphories malsaines, des vices de forme... Comme ce MANTEAU D'ATTENTE, costume de veuve, inspiré peut-être par Pablo Neruda et sa desdichada, "aquella mujer seguia esperando"...

Agiter, fanfarer, attendre, l'air de rien
Remettant à plus tard les paroles d'évangile
Je reviendrai tu sais dans le saint de tes saints
Jamais toujours amour, plus tard, projet gracile

Attente cordiale et puis se repeuplant de sens
Une certitude hâlée au soleil des échecs
Te revenir c'est sûr, l'avenir en partance
Pour racheter ce temps perdu sans toi trop sec

Trinquons à tout bientôt, mais attendons encore
L'élastique pourra bien un peu plus se détendre
Je t'attendrai tu sais, en anguleux raccord
J'existe même trop bien dans ce repoussoir tendre

C'est tous les soirs alors que j'éteins la lumière
Dans l'attente de ce jour cent fois revisité
Où tu me souriras d'une assurance fière
Ou je dirai bonsoir avant de t'embrasser

Un jour couleur de grèle, pourtant, c'est terminé
L'attente se dégrise en s'enlisant grisâtre
Le futur s'époumone puis tombe inanimé
C'est l'enfer sans les autres, à bas Platon et Sartre

Ainsi donc, à cette fin, ça ne servait à rien
A rien sinon à elle, distendue oubliée
Oubliée d'elle-même au sanctuaire des demains
Ainsi donc à l'attendre cessait-elle d'exister

Ainsi donc à l'attendre l'exista-t-elle lui
En vase communiquant perdit-elle son nom
Elle remplit le sien, lui offrant ce sursis
Bon à faire battre un coeur qui n'a plus de raison

A présent elle l'attend, ricanant au miroir
Qui lui dit que c'est fou, inutile vraiment
Puisqu'absence et attente se fondent ensemble au noir
Quelle différence au fond puisqu'il faut tuer le temps

HOMBRES, ce sont des poèmes : bien sûr qu'on vous aime, bien sûr que je vous aime, que je vous vis, que je vous restitue en mots quand il ne reste plus rien d'autre. François le maître d'hôtel, Kiki avant Fresnes, Yoyo et la gare St Lazare, Richard et ses baguettes, Dominique et les silences, une petite stance à Sophie reine du minitel, les trois gars de Montpellier, monsieur Never et son N fatal, à la fin Marc entre Paris et Marseille, New York et le ciel. Et puis Alex, r.i.p. no mitondra TADIO.

Mon bel Alex ma déchirure
Avons-nous assez divagué
Dans le cafard de tes lames
Dans le triomphe de nos mêlées

Ma déchirure mon homme-femme
Avons-nous assez enfoncé
Nos couteaux méchants comme nos flammes
Dans des chairs que l'amour volait

J'étais ton homme ma délicate
En valse tendre mon torturé
J'étais ta femme comme toutes celles
Les poupées d'ambre aux mains précises
Qui t'aiment à travers les années
Et reviennent trousser ton souvenir
Dans des bureaux climatisés

Soldat long qu'aimaient les petites
Au milieu d'elles j'ai truandé
Notre histoire qui brilla de hautes vagues
D'étincelles dans nos âmes peu étanches
De désespoirs apaisés

Mon bel Alex ô mon timbré
Qui visite mes rêves en intime
Qui crie mon nom aux assemblées
Loin des jadis où nous formions
Ce petit couple qu'ils aimaient bien

Qu'es-tu devenu, valse lente
Ton pays ou ta vie t'étouffe
Pathétique mendiant de l'esbrouffe
Moi qui ne suis plus que patiente
Je sourirai si tu reviens

TOUS LES AMOURS : aux hommes qui penchent vers la femme, à la fille un peu gâchée, aux sprinters des J.O., à la femelle insecte gainée, à l'amant d'un quart d'heure, au manque applaudi, et à ce QUADRILLE enivré des beaux soirs du siècle dernier.

Saurons-nous un beau jour déclencher la grenade
La fille se torture de n'y point arriver
Ils sont nombreux et puis cet aiguillon la nargue
La fille tourne en rond, un de vous, des regrets

La fille se pavane en basses architectures
Mais l'étincelle est là il suffit d'appâter
Une consoeur affable la garnit de murmures
Pas de danse hésitant, peau rouge doigt perlé

Coup d'épée dans une eau qui se trouble et bouillone
La bouture s'installe par le prince héritier
Et plus on est de fourbes et plus on joue à l'homme
Et plus on goûtera la chair faite du gibier

Sont-ce deux hommes là et là sont-ce deux femmes
L'aiguillon pique encore mais c'est le rire qui naît
Soit alors soit allons, partageons-nous les armes
Brûlons de revêtir nos apparats guerriers

N'est-ce pas un accord un sans faute dans l'air
Deux par deux vont ceux-là aux regards agités
Mains enfin mains placées en croupes adultères
Tandis qu'un doux barman prêt son tablier

Et le vin coule à flot et flottent les offenses
Le jeu douceâtre-amer des désirs attaqués
Mais le feu les atise tandis que Carmen danse
Et les tissus s'envolent dans les vents alizés

Danse et chante ô diva, la sensation est lâche
Brutale est l'empoignade, osons s'il faut oser
Distribuons nos chairs armons-nous à la tâche
En matelas enfin découvrons les secrets

Enfin, en main en nez la victoire se dresse
Hourra c'est tout un groupe ici apprivoisé
Dans une paume ferme précisant sa caresse
Comme on brandit un sceptre conquis à l'arrachée

Mais la nuit a gagné et rien d'autre ne compte
En des soulographies plus tard propagées
L'instant hésite encore entre bonheur et honte
Puis s'évanouit sans teint dans les brumes glacées

POÈME BATEAU RIME TARTE et vague goèlette et fruit de tartelette : Assurément le recueil préféré de Valéry Rapaud, c'est dire la qualité absconse de cet ouvrage plus léger que les autres, avec des poèmes écrits entre 1980 et 1998. Cafard de jeunesse, copines décryptées, commérages en pointe, liberté proclamée, et passages un peu flous, comme ce PFFFFFFFFffffff en un soupir.

Tac ma rustine s'est décollée
Et là s'enfuit à toutes vapeurs
Ma brise mutine ratatinée
Ca fait peur

C'est qu'il y en eut des ribambelles
De gâteux crémeux avalés
Boulange en pétrin ma belle

Gondolée

Alors ces rives, on y accoste
Tu ris, c'est l'ennui l'autre farce
Que je flagelle mieux qu'un long torse
De garce

Tu ris encore quels bras levés
Balancent des tartes à la rhubarbe
Tout autre geste un peu dressé
Me barbe

Ca pour remplir, j'empile sans risque
Taratata si ça me plait
Je tangue et braille sur tous les disques
Mais ouais

Peut-être bien que tout m'échappe
Mais précise je compte les points
Pour savoir jusqu'où qui s'en tape
A la fin

ONZE ÉTAPES et tape : Il y a des dates dans ce recueil. Il y a Noèl 89 et ciao Cescu, Halloween 95 et le gay Lisboa, Avril 96 en danse avec Loulou, un traître Août 97 qui finit Didi, un bateau brûlant en 67, et puis ce Juin 97 en voyage mémorial à MARSEILLE et ses anges frais débarqués hier matin...

Marcher sur les pas léchés
D'autres visites agacées
L'enfant d'antan dans son berceau
Chute en affront dans le cerceau
Et arrache l'embout du biberon
De ses dents bagareuses
L'enfant enrage sur le bitume
Et fait volte face
Sa mer est là
Laveuse d'amertume
La ville lui gronde des attentes
Mais la vie tarde la vie est lente
Marcher sur tes pas
Sur le bitume vidé
Rerempli d'amertume
A quoi bon revenir
Marseille, à quoi bon
Ressauter dans ton cerceau
Et nager dans une eau sans toi
Rager de contempler
Le souffle d'une vie battante
Les effusions botaniques
D'une profusion verte et brillante
Les efforts blancs azurés
D'un long ciel qui déploie ses ailes
Les efforts caressants iodés
De sa mer douce à tes narines
Clique claquante des voiles marines
Et la ville qui prend l'air de rien
Pour ne pas porter nos chagrins
Je baragouine, je bigorneaute
Je m'enturbanne dans ma coquille
Dans ma tristesse et mon effroi
Marseille lève les bras au ciel
S'arrache à demander pourquoi
Puis tombe et se replie
Marée enfuie
Nous avons bronzé sur les plages
Rêvé de prouesses d'accostage
Bu du champagne au couchant d'or
Mangé bien tard, viré de bord
Marché de soleils en eaux plates
Elaboré des plans d'attaque
Croisé des couples incertains
Dans un oeil j'ai pleuré le mien

ONZE TERRITOIRES : promenons-nous sur tous les rivages, de la Camargue au Brésil, de l'Espagne au bonheur tahitien, (je vous laisse découvrir le poème-fleuve sur ma Sainte et Grande Russie à la page Gravure) avant d'accoster sur le sable, de frémir au couchant, de parcourir une peau... Territoire liquide, hommage à l'océan et ses marins, voici un EQUIPAGE.

Tu tricotes, équipage bateau
Solitaire équipage unique
De longues arianes en fil de l'eau
Et la laine écume ta route
De l'écume d'angora nouée
Vertige bleu blancheur crémée

Tu négliges, équipage leste
Aphone équipage envoûté
Les nymphes trop terrestres
Pour les hanches des vagues
Que tu parcours en doigts tannés

Et tu suis, équipage appliqué
Le fil des pensées comme des eaux
Et tu navigues encore plus tôt
Et tu ne sais qui tu caresses
La nubile belle eau ouverte

Ou toutes ces peaux rencontrées
Et l'eau souffle ta coque pâmée
Et te lèche et te prend et t'engouffre
Et t'emporte et t'aspire et te serre
Et puis l'eau se fait douce et mère
Et tu n'as plus d'idée sur l'effort du présent
Sur toutes les tractations d'un passé briguant
L'amour des airs où l'eau se meut

Et tu découvres, équipage envolé
Que la surface est ta douceur
Mais qu'une ligne de pluie verticale
Te donne ce flottant étendard
Une eau de ciel de vent de frise
Et soudain tu réalises
Chimique équipage ému
Que des milliards d'années rebues
Ont brassé la même eau complice

Bravo ! Vous êtes arrivés jusque là, vous avez droit à toute notre compassion. Le poème qui suit est plutôt long, mais ça fait du bien par où que c'est dit.

ONZE COMPASSIONS : Tenons-nous au chaud dans nos valses hésitations... Pourquoi tomber amoureux, un poème. Pourquoi pas ? Un autre poème. Divorcez, je vous offre ces vers. Des coups de blue, d'errances, d'émotions passées, et au bout de toutes ces compassions, ce poème à lire aux crépuscules cafardeux, juste pour nous, PITIÉ.

Une barre imaginaire, un tribunal absent
Des yeux qui se détournent, des silences apaisants
Une âme liquidée, une âme liquéfiée

Une joue qui se penche pour demander pitié
Pitié pour commencer à s'épancher de tout
Pitié pour eux pour nous pour le sol qui fuit
Pitié pour leur tendresse quand parfois ils s'oublient
Pitié pour nos faiblesses en silence nocturne
Pitié pour ces instants protégés par la lune
Pitié pour ce sang vif qui décore leurs bras
Pitié pour nos envies de profiter de ça
Pitié pour leur passé leurs hontes leurs secrets
Et pitié pour ce souffle qui s'acharne à glisser
Pitié pour leurs blessures, surtout celles qui sont tues
Pitié pour ceux qui vivent, pour ceux qui n'ont pas pu
Pitié pour leurs douleurs leurs frayeurs leurs espoirs
Pitié pour leur douceur à faire semblant d'y croire
Pour y croire et s'y plaire à s'en gonfler le coeur
Avant de sacrifier à des ployements d'humeur
Pitié pour leurs croyances et pour leurs certitudes
Pitié pour leur combat et leur sollicitude
Et leur tenacité déguisée en courage
Pitié quand dans un poing ils contiennent leur rage
Pitié pour ces regards détournés en nuits saoules
Et pour leur gentillesse quand enfin ils se coulent
Pitié pour ceux qui tiennent parce qu'ils espèrent encore
Et pitié pour les autres qui essayent moins fort
Pitié pour leurs mensonges et leurs éclats de joie
Pitié pour leurs aveux quand se casse leur voix
Pitié pour leur refus de savoir la suite
Et pour leur part d'enfance installée reproduite
Pitié pour leur sommeil aux aubes qui renaissent

Pitié pour leurs excuses offertes avec détresse
Et pour leur impuissance à exprimer le fond
Pitié pour leur envie d'avoir un peu raison
Pitié pour ces destins qui descendent et s'enlisent
Pitié pour nos coeurs froids dans des cieux qui dégrisent
Et pitié pour nos fronts, nos sourcils croisés
Et nos invraisemblances pour ne pas abdiquer
Pitié pour ce refus de se rendre aux démons
Et pour nos complaisances qui se donnent impression
Pitié pour ces orgueils jetés en garde-fou
Pour ces mots d'impudeur qui font rougir les joues
Pitié pour tous les âges aux respirations denses
Pitié pitié encore pour ces gouttes d'enfance
Pitié pour ces hivers à attendre l'été
Pitié pour ces réveils dans le jour épuisé
Pitié pour ces bonheurs à l'arrondi si pur
Et pitié pour ces têtes projetés sur le mur
Pitié pour les chemins dévorés dans le temps
Et pour les routes vives qu'on survole en chantant
Pitié pour tous ces mots quand il n'en reste plus
Pour ces balbutiements égrénés dans la rue
Pitié pour ces heures tristes à guetter tous les bruits
Avant de s'abreuver des caresses de la nuit
Pitié pour ces sourires échangés au matin
Pitié pour ces photos qu'on lisse avec la main
Pitié pour l'infinie tristesse des destins
Pitié pour tous ces pas perdus dans une gare
Pitié pour ces heures jaunes fondues en désespoir
Et pitié pour ces larmes qui coulèrent plus tard
Pitié pour ce grand vide aux paupières baissées
Pour ces ployements de hanche, et pour ces cris muets
Pour l'envie victorieuse, pour nos amours, pitié

Comment ça, il n'y a que dix recueils ? Vous êtes donc descendu bien bas pour en arriver là...

Les onze poèmes de la Veuve datent de 1994, et comme leur nom l'indique, ils racontent ça, Marc qui est mort, qui s'est ouvert les veines, et comment on y met des mots comme des pansements qui se révèlent si efficaces. Ainsi, ce voyage à New York la Consolante, ville amie pour fille un peu triste, NY FEB 94


Je te berce dans un hamac
La cité brille dans quel état
Parfois jolie parfois épave
Comme moi

Je te réclame aux antipodes
La lumière m'atteint de front
La cité brille et puis capote
Au fond

Interrupteur de ma fièvre
Viens me voir, la cité nous donne
Tout ce qu'on veut, je tends mon rêve
J'étonne

Cité sans couac, son Excellence
Nous dorlotte nous charme nous choie
Ses musées, ses traits de violence
Me broient


En solitude rattrapée
Sans tremblement de terre futile
Je réclame ta nocturne coulée
Stérile

C'est un sol blanc, une neige artiste
Un froid qui regarde en arrière
C'est toi dans cette apocalypse
Amer

Plus de tigresse dans mon moteur
La veuve est une silhouette noire
Qui erre et goûte et jouit et pleure
Le soir

Je te perds ou je te retrouve
En randonnées pleines de brumes
Ne crois donc pas que je t'approuve
Rallume


Fin des poèmes de la Comtesse

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(pourquoi, vous n'aimez pas
mes poèmes ?)

 

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